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Science

Le cerveau de ce compositeur américain continue de faire de la musique des années après sa mort. Voici comment (et ce n’est pas de l’IA)

Nicolas Gaillard

Date de publication :

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Le cerveau de ce compositeur américain continue de faire de la musique des années après sa mort. Voici comment (et ce n'est pas de l'IA)




Pour les artistes, chaque page écrite, scène peinte ou chanson composée peut constituer un héritage, les empêchant de sombrer dans l’obscurité. Ces œuvres peuvent influencer les générations futures de créateurs, et l’IA peut imiter leur style, mais en fin de compte, la mort constitue un obstacle à la création d’un nouvel art. Cependant, pour un compositeur américain, la tombe n’a pas empêché son cerveau de faire de la musique. En utilisant les tissus du compositeur décédé Alvin Lucier, les scientifiques ont créé une structure semblable à un cerveau capable de créer de la nouvelle musique.

En tant que compositeur expérimental, Lucier recherchait depuis longtemps des façons nouvelles et inhabituelles de créer de la musique. En 1965, il est devenu le premier à produire de la musique live en utilisant uniquement des ondes cérébrales captées par des électrodes fixées à sa tête. Il a suivi cette œuvre, « Music for Solo Performer », en 1997 avec un morceau de musique réalisé à partir d’objets ménagers ordinaires comme des crayons intitulé « Opera with Objects ».

Lucier est décédé à l’âge de 90 ans, mais pas avant d’avoir fourni un échantillon de son sang à une équipe d’artistes et de scientifiques avec laquelle il travaillait depuis 2018. Leur projet, connu sous le nom de Revivification, cherchait à trouver des moyens permettant au compositeur de créer de la musique après sa mort, ce que Lucier a accepté en raison de sa longue fascination pour les signaux neuronaux. Pour atteindre son objectif, l’équipe de Revivification s’est tournée vers le pouvoir des cellules souches.

Créer une musique unique avec un cerveau miniature

Les cellules souches sont des cellules présentes dans les embryons, les placentas et les tissus adultes qui conservent la capacité de se différencier en différents types de cellules. Dans ce cas, les scientifiques ont transformé des cellules sanguines en cellules souches pluripotentes induites qu’ils ont ensuite différenciées en neurones. Un domaine d’intérêt avec les cellules souches pluripotentes est la création de structures tridimensionnelles auto-organisées de cellules différenciées appelées organoïdes. Les organoïdes agissent essentiellement comme des versions miniatures d’organes. Par exemple, un organoïde cérébral aurait certaines des mêmes caractéristiques anatomiques qu’un cerveau naturel.

Alors que les organoïdes ont été utilisés dans le dépistage de drogues et la recherche sur les maladies, l’équipe de Revivification souhaitait créer de la musique. Les neurones qu’ils ont créés à partir des cellules souches de Lucier se sont transformés en un cerveau miniature dans une assiette. Les deux blobs de neurones qui composent cet organoïde constituent la partie centrale de l’exposition du projet Revivification, qui a été présentée au public à la Art Gallery of Western Australia à Perth. Les signaux électriques provenant de différentes couches de neurones traversent le maillage d’électrodes sur lequel l’organoïde a été cultivé, puis sont transmis à un ordinateur qui traite ces signaux et les envoie enfin à 20 plaques de laiton contenant des maillets et des transducteurs qui entourent la galerie. Les sons de la galerie sont également captés par des microphones et renvoyés au mini-cerveau. Le résultat est un flux sonore unique et en constante évolution.

Mais est-ce créatif ?

Bien qu’impressionnant, le projet de Revivification a attiré l’attention des partisans et des sceptiques. L’équipe de Revivification considère son travail comme une extension de l’essence artistique de Lucier. Et même si le paysage sonore qui en résulte est unique, les sceptiques ne savent pas vraiment s’il peut être considéré comme un travail créatif, car il n’y a aucune conscience ou intention derrière les sons produits.

Le projet soulève également d’intéressantes questions philosophiques sur ce qui constitue l’intelligence ou la créativité. Ceci est particulièrement pertinent compte tenu de la croissance de l’IA générative et de ce que représentent ses résultats. Même si l’IA peut recréer fidèlement le travail d’artistes du passé, peut-elle être considérée comme créative ? L’équipe de Revivification n’avait pas pour objectif de répondre à ces questions, mais plutôt de susciter ce type de conversation.

La question de savoir si le résultat de ce mini-cerveau peut être considéré comme une œuvre artistique reste à débattre. Pourtant, le projet Revivification, avec sa collaboration entre scientifiques, artistes et Lucier lui-même, pourrait être considéré comme un acte de créativité. L’art peut dans un certain sens immortaliser les artistes, mais l’IA et le projet Revivification posent des questions intéressantes sur ce que signifie réellement la conscience humaine et si un artiste peut continuer à créer au-delà de la tombe.



Nicolas est journaliste depuis 2014, mais avant tout passionné des jeux vidéo depuis sa naissance, et des nouvelles technologies depuis son adolescence.