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Science

Les espèces inhabituelles des grands fonds qui pourraient tout changer

Nicolas Gaillard

Date de publication :

le

Les espèces inhabituelles des grands fonds qui pourraient tout changer




Si vous voulez rencontrer des formes de vie vraiment dignes d’un film de science-fiction, vous n’avez pas besoin de regarder vers les étoiles. L’océan abrite des formes de vie plus ahurissantes que tout ce qui se passe sur grand écran, et ce que nous avons découvert jusqu’à présent ne fait qu’effleurer la surface. C’est le principe de l’Ocean Census, un projet lancé en 2023 par les organisations conservationnistes The Nippon Foundation et Nekton, qui vise à accélérer la découverte et la classification de la vie marine. Rien que l’année dernière, le Recensement des océans a découvert 1 121 espèces jusqu’alors inconnues, et l’une d’entre elles est particulièrement remarquable. Il s’agit d’un type de ver ruban, actuellement connu uniquement sous le nom de Drepanophoridae sp.1. Avec une longueur ne dépassant pas trois centimètres (un peu plus d’un pouce), cela n’a pas l’air particulièrement remarquable, mais il y a quelque chose dans le corps de ces vers qui pourrait détenir la clé des troubles cérébraux les plus troublants de l’humanité.

Drepanophoridae sp.1 a été découvert dans les eaux proches du Timor-Leste par l’experte en ténia Svetlana Maslakova. Malgré sa petite taille, il attire le regard avec ses rayures orange intenses. Les couleurs vives dans la nature sont souvent un indicateur d’espèces venimeuses, et ceci en est un exemple car les vers à ruban comme les Drepanophoridae sp.1 sont recouverts d’un mucus toxique pour se protéger contre les prédateurs. Parmi les toxines présentes dans ce mélange se trouve une substance appelée anabaseine, dont vous serez peut-être surpris d’apprendre qu’elle est le composé clé d’un groupe de produits pharmaceutiques appelés antagonistes des récepteurs nicotiniques, qui comprend le GTS-21, l’un des rares médicaments à se montrer réellement prometteur pour les patients atteints de la maladie d’Alzheimer et de la schizophrénie.

Comment une toxine du ténia pourrait traiter les troubles cérébraux

Croyez-le ou non, les biotoxines constituent en fait d’excellents éléments de base pour la médecine (à condition qu’elles soient utilisées en très petites quantités, bien sûr). Par exemple, les toxines de la vipère sont couramment utilisées pour fabriquer des médicaments qui traitent l’hypertension artérielle, et le Botox est en fait nommé en l’honneur de la toxine botulique dont il dérive. Il est donc prioritaire de transformer l’anabaseine présente dans les vers à ruban en médicaments productifs.

Plus précisément, l’anabaseine est utilisée dans les antagonistes des récepteurs nicotiniques, une classe de médicaments qui bloquent les récepteurs nicotiniques du système nerveux. Comme vous l’avez peut-être compris d’après leur nom, ces récepteurs sont liés à la dépendance aux substances nicotiniques, ce qui est l’une des raisons pour lesquelles ils pourraient devoir être bloqués, mais certains essais ont également montré des liens prometteurs avec les traitements de la maladie d’Alzheimer et de la schizophrénie. Ces conditions cérébrales dévastatrices sont associées à une perte de récepteurs nicotiniques dans le cerveau, qui sont fortement impliqués dans le déclenchement sensoriel, le processus cérébral de tri des stimuli pertinents des stimuli non pertinents. L’utilisation d’antagonistes des récepteurs nicotiniques a été indiquée pour contrer cette dégradation lors d’essais sur des souris de laboratoire.

L’anabaseine est spécifiquement utilisée dans un antagoniste expérimental des récepteurs nicotiniques appelé GTS-21, ou DMXBA, qui présente un autre avantage pour les patients atteints de la maladie d’Alzheimer. La maladie d’Alzheimer est associée à l’accumulation d’un peptide dans le cerveau appelé bêta-amyloïde. Les essais du GTS-21 montrent qu’il peut décomposer la bêta-amyloïde, éliminant ainsi cette accumulation dangereuse. Tout cela grâce à la biotoxine d’un ver, et ce n’est même pas la chose la plus intéressante à propos des vers à ruban.

Le monde étrange et sauvage des vers à ruban

Les vers à ruban appartiennent au phylum Nemertea, qui contient plus de 1 300 espèces et plus. On les trouve principalement dans les écosystèmes d’eau salée de l’océan, mais il existe une poignée d’espèces d’eau douce, et même certaines qui vivent sur terre. Les Némertiens se trouvent partout dans le monde et leurs habitats sont remarquablement diversifiés. Ils peuvent prospérer dans des conditions allant des eaux tropicales chaudes où Drepanophoridae sp.1 a été trouvé aux climats polaires rigoureux comme les eaux autour de l’Antarctique, où vit un autre ver ruban appelé Parborlasia corrugatus.

La grande majorité des némertiens sont carnivores et les toxines trouvées dans les vers à ruban constituent un élément essentiel de leur stratégie prédatrice, paralysant les petits invertébrés pour que les vers les dévorent. Ils possèdent une trompe spécialement conçue pour délivrer une dose de toxine à leurs proies et dévorer le plancton et les œufs. Cependant, tous les types de ténias ne possèdent pas les toxines de Drepanophoridae sp.1 que la communauté médicale apprécie tant, c’est pourquoi une découverte comme celle découverte par l’Ocean Census est si précieuse.



Nicolas est journaliste depuis 2014, mais avant tout passionné des jeux vidéo depuis sa naissance, et des nouvelles technologies depuis son adolescence.