Des scientifiques ont reconstruit un visage vieux de 3,7 millions d’années. Ce qu’ils ont vu soulève une grande question
Les fossiles d’hominidés anciens sont la meilleure preuve dont nous disposons pour suivre l’évolution de l’humanité, mais avec toutes les lacunes qui existent encore dans nos connaissances, placer ces fossiles aux bons moments sur une chronologie peut être extrêmement difficile. Même les fossiles que les scientifiques pensent avoir identifiés peuvent nécessiter une recatégorisation ultérieure, et cela semble être le cas de l’un des fossiles d’hominidés les plus célèbres jamais découverts. Little Foot (à ne pas confondre avec le protagoniste de « The Land Before Time ») est un fossile du genre Australopithicus, connu comme l’un des squelettes humains anciens les plus complets jamais découverts. Depuis que les premiers morceaux du squelette ont été découverts en Afrique du Sud en 1994, les anthropologues se sont disputés pour savoir à quelle espèce d’Austrolopithecus il appartenait, mais un effort récent pour reconstituer le visage du spécimen suggère qu’il s’agit d’un spécimen que nous n’avons jamais identifié auparavant.
Le crâne de Little Foot a été écrasé sous la pression d’avoir passé environ 3,67 millions d’années enfoui sous terre, et ce n’est que cette année que les scientifiques ont finalement progressé vers sa reconstruction. Les résultats, publiés dans la revue française Comptes Rendus Palevol, présentent une reconstruction numérique de la région oculaire de Little Foot, montrant des orbites massives contrairement à tout ce que l’on voit chez les autres hominidés. Il fournit également un plan pour reconstruire le reste du crâne de Little Foot dans un avenir proche et, espérons-le, pour mieux comprendre à quoi aurait pu ressembler son cerveau. Pour l’instant cependant, ce que représente réellement l’ancêtre humain Little Foot reste un mystère.
Ce que révèle le visage de Little Foot
Bien qu’il s’agisse de l’un des squelettes les plus complets d’une espèce humaine éteinte jamais découvert, le visage de Little Foot a toujours eu un problème. Le sommet du crâne est effondré, les orbites froissées contre les pommettes, obscurcissant la majeure partie du visage. La reconstruction numérique du crâne était donc une tâche monumentale. Le processus, entrepris au Laboratoire de paléontologie, évolution des paléoécosystèmes et paléoprimatologie (PALEVOPRIM) en France, a duré cinq ans et il reste encore des parties du crâne à réassembler avant de pouvoir dresser une image complète du visage.
Ce que les chercheurs ont reconstitué jusqu’à présent révèle une caractéristique très distincte : à savoir les yeux. Une fois reconstruits, les os orbitaux de Little Foot se sont révélés extraordinairement gros pour un hominine. Une étude supplémentaire, menée en 2019 et publiée dans le Journal of Human Evolution, suggère que son cortex visuel était probablement également plus complexe que celui des humains modernes, avec un sens de la vue mieux développé que le nôtre. Il est également à noter que ces orbites massives ne sont comparables qu’à un certain nombre d’espèces d’australopithèques trouvées ailleurs en Afrique de l’Est. Cela suggère que la lignée de Little Foot pourrait être retracée plus au nord sur le continent africain que là où le spécimen a été découvert.
D’autres preuves soutiennent la théorie selon laquelle Little Foot est une nouvelle espèce
La récente reconstruction du visage de Little Foot n’est pas la première recherche suggérant que le squelette emblématique pourrait représenter une espèce d’hominidé ancien jusqu’alors inconnue. Personne n’a jamais été en mesure de s’entendre sur l’espèce spécifique d’australopithèque à laquelle appartenait Little Foot, bien que les principaux suspects depuis sa découverte soient A. prometheus et A. africanus, connus à partir d’autres fossiles de la même région. La reconstruction du visage de Little Foot ne correspond cependant à aucune des deux espèces, et d’autres comparaisons entre spécimens fossiles sont arrivées à la même conclusion.
L’année dernière, une étude a été publiée dans l’American Journal of Anthropology, comparant Little Foot à d’autres spécimens identifiés comme A. prometheus et A. africanus. Il existe des différences substantielles entre Little Foot et les autres spécimens des deux espèces, notamment une boîte crânienne plus petite, une crête osseuse le long du sommet et un plan nucal plus long, la surface du bas du dos du crâne. Ces observations confortent la conclusion selon laquelle Little Foot n’est pas seulement l’un des squelettes d’hominidés les plus complets jamais découverts, mais qu’il s’agit en fait d’une espèce entièrement nouvellement découverte. La seule question est : quoi ? C’est une question à laquelle il faudra probablement des années, et bien d’autres études, pour trouver une réponse.
