Rejoignez-nous
Science

Les femmes perdent une partie de leur cerveau pendant la grossesse et les scientifiques pensent savoir pourquoi

Nicolas Gaillard

Date de publication :

le

Les femmes perdent une partie de leur cerveau pendant la grossesse et les scientifiques pensent savoir pourquoi




Non, ce n’est pas un titre sensationnaliste. Le cerveau des femmes perd en moyenne environ 5 % de sa matière grise pendant la grossesse. Le phénomène est si universel qu’il a même donné naissance à un terme informel pour le décrire : « cerveau de bébé ». Les femmes enceintes avec un « cerveau de bébé » souffrent souvent d’oubli, de brouillard cérébral, de désorientation et de problèmes de concentration. Pourtant, même si le « cerveau de bébé » est reconnu depuis longtemps par les scientifiques et les futures mamans comme une réalité, il n’était pas bien compris jusqu’à récemment. Aujourd’hui, grâce à de nouvelles connaissances fournies par des études menées par des organisations telles que la Bemother Research Initiative, les scientifiques découvrent enfin les mécanismes évolutifs à l’origine du « cerveau de bébé ».

Mais avant que les femmes enceintes ne commencent à s’inquiéter, considérons les faits. S’il est vrai qu’il y a une perte de matière cérébrale pendant la grossesse, une grande partie de celle-ci est restaurée pendant le post-partum. Selon une étude espagnole de 2025, publiée dans Nature Communications, la matière grise du cerveau suit une « trajectoire en forme de U » entre le deuxième trimestre et six mois après la naissance, ce qui signifie qu’elle diminue de volume puis se reconstitue. C’est en fait une bonne chose, car cela permet une neuroplasticité accrue, ou la capacité du cerveau à se réorganiser. La neuroplasticité diminue souvent avec l’âge, le cerveau de la mère doit donc laisser la place au développement de ces instincts maternels. L’une des principales chercheuses sur le sujet, la Dre Susana Carmona, a comparé le processus à l’élagage d’un arbre pour permettre une nouvelle croissance.

Alors que la perte de matière grise pendant la grossesse est en moyenne d’environ 5 %, les changements affectent presque tout le cerveau. Ces changements sont largement concentrés dans les régions associées à la cognition sociale. Les chercheurs pensent que ce remodelage contribue à établir un lien plus profond entre les mères et leurs bébés. Il est révélateur de constater que les mères qui ont connu des changements plus importants dans leur cerveau étaient plus susceptibles de signaler un lien plus fort avec leur bébé.

Les avantages évolutifs du lien mère-enfant

Les mères participant aux études explorant le « cerveau du bébé » présentent généralement des niveaux élevés d’œstrogènes, l’hormone que l’on croit désormais responsable du déclenchement de la restructuration du cerveau pendant la grossesse. En effet, les hormones jouent un rôle central pour garantir que les nouveaux parents prennent soin de leurs enfants. Par exemple, l’« odeur de nouveau-né » unique déclenche un cocktail d’hormones dans le cerveau des nouveaux parents, hormones associées à l’amour, au lien social et à la protection. Et nous ne sommes pas les seuls animaux à être chimiquement programmés pour prendre soin de nos petits : même les vaches éprouvent un désir intense de garder leur progéniture près de elles et la science derrière les « vaches pessimistes » montre qu’elles deviennent déprimées lorsqu’elles sont séparées de leurs veaux.

Les souris subissent également de vastes changements hormonaux et neurologiques pendant la grossesse. En fait, des décennies d’études murines, au cours desquelles les scientifiques étudient les souris comme modèles pour les humains, ont montré à quel point les changements du « cerveau du bébé » sont importants pour la survie. Par exemple, certaines études ont désactivé chez les souris enceintes les hormones qui déclenchent la réorganisation du cerveau pendant la grossesse. Les résultats ont été révélateurs : sans la capacité du cerveau à se réorganiser en vue de la maternité, les mères souris ont largement ignoré leurs bébés. Leurs instincts maternels étaient pratiquement absents.

Cela est logique du point de vue de l’évolution, puisque la plupart des mammifères sont extrêmement vulnérables au cours de leurs premières années de vie et ne peuvent survivre sans la protection parentale. Cela est particulièrement vrai pour les êtres humains. Parce que nos ancêtres étaient des chasseurs-cueilleurs toujours en mouvement, il était essentiel pour leur survie de protéger les nouveau-nés des dangers de la nature. Sans surprise, la plupart des changements dans le cerveau d’une mère enceinte se produisent au sein du « réseau en mode par défaut », associé à l’empathie, à l’altruisme et à la perception de soi. De telles qualités peuvent sembler être un obstacle à la survie, mais elles constituent en réalité le moyen utilisé par le cerveau pour assurer la survie de la progéniture. Après tout, le sacrifice de soi est la pierre angulaire de l’amour maternel.



Nicolas est journaliste depuis 2014, mais avant tout passionné des jeux vidéo depuis sa naissance, et des nouvelles technologies depuis son adolescence.