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Films et séries

Pourquoi les coulisses ressemblent-elles à ça ? Le film nous donne une réponse effrayante

Nicolas Gaillard

Date de publication :

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Pourquoi les coulisses ressemblent-elles à ça ? Le film nous donne une réponse effrayante




Cet article contient spoilers majeurs pour « Backrooms ».

« Backrooms » de Kane Parsons, le long métrage dérivé de sa populaire série YouTube, est en passe d’entrer dans l’histoire au box-office ce week-end. Mis à part la popularité habituelle des films d’horreur originaux, « Backrooms » semble toucher le public d’une manière unique. Cela est dû en partie à l’inclusion du film dans la nouvelle tendance de l’horreur liminale, que la série originale de Parsons a contribué à lancer au cours des dernières années. L’horreur liminale est un sous-genre qui met l’accent sur l’étrangeté de l’ordinaire, transformant des objets et des décors banals en éléments de mauvais augure et menaçants. Il y a également un élément existentiel supplémentaire injecté dans le concept des Backrooms, dans la mesure où les grands espaces vides et abandonnés évoquent des sentiments d’isolement, de solitude, d’abandon et de sentiment (au sens propre et figuré) de perdu.

Pourtant, lorsqu’il s’agit de savoir ce qui donne l’apparence des Backrooms, le film lui-même nous donne une réponse effrayante et obsédante. Les Backrooms semblent reproduire n’importe quel endroit sur Terre, en se concentrant principalement sur les structures artificielles (principalement des intérieurs, avec quelques extérieurs également). Il semble également reproduire les personnes, bien qu’il soit apparemment sélectif quant aux personnes qu’il copie. Clark (Chiwetel Ejiofor), un propriétaire de magasin de meubles qui se trouve à l’entrée des Backrooms, décrit l’esthétique du royaume comme si vous disiez à quelqu’un qui n’a jamais vu de chien auparavant à quoi ressemble un chien, puis lui demandiez de le dessiner. Comme il l’explique, cette personne ferait sans aucun doute la plupart des choses correctement, mais certains détails clés seraient définitivement erronés.

Les Backrooms, alias « Le Complexe », ressemblent donc à cela à cause d’un défaut paranormal qui provoque cette erreur de traduction, ce qui donne lieu à un lieu qui est la définition même de l’étrangeté.

Le look de Backrooms évoque l’impermanence de la mémoire

Au cœur du genre de l’horreur se trouvent toutes les peurs primitives et enracinées que les êtres humains ont jamais eues ou auront jamais. Même si une histoire d’horreur des temps modernes peut s’appuyer sur des peurs d’actualité, telles que les nouvelles technologies ou les changements sociaux et politiques, il y a toujours une peur primaire qui se cache sous la surface. Chaque histoire d’horreur jamais racontée implique la peur de la mort, qu’il s’agisse d’une fin prématurée ou d’un portail vers un nouveau plan d’existence. « Backrooms » ne fait pas exception, comme le montre au moins une copie d’un être humain (appelé nature morte) violent et meurtrier.

De plus, « Backrooms » ajoute une vision plus large, une peur plus existentielle à cette peur fondamentale de mourir, qui est celle de la décadence. Le temps est éphémère, comme nous le savons tous, mais la mémoire aussi, à laquelle la plupart des gens n’aiment pas penser ou reconnaître. La mémoire est à moitié un souvenir, à moitié une histoire que nous nous racontons, une combinaison d’observation objective et d’éditorialisation personnelle. Comme le souligne brillamment « Rashomon » d’Akira Kurosawa, il n’y a pas deux souvenirs exactement identiques.

L’existence entière des Backrooms est le concept de l’impermanence de la mémoire rendu manifeste. C’est suffisamment proche pour évoquer des sentiments de familiarité, voire de nostalgie, mais suffisamment vague et décalé pour provoquer un sentiment d’effroi, voire d’alarme. En d’autres termes, Kane Parsons tente de trouver le juste milieu entre le savoir et l’inconnaissance. C’est cette qualité qui est notamment évoquée par les clones de Still Life. Chacun d’eux est reconnaissable comme humanoïde, mais leurs traits sont tous déformés et erronés. C’est là que Parsons et « Backrooms » s’adonnent au surréalisme d’une sorte vintage, vu dans les peintures de Salvador Dalí ou les films d’Alejandro Jodorowsky.

L’esthétique des Backrooms évoque un passé perdu

L’autre ingrédient clé de l’esthétique réside dans ses origines réelles. La photographie originale qui a tout déclenché est devenue virale après avoir été publiée de manière anonyme sur le site Web 4chan en 2019. Alors que l’intérêt pour la photo et son ascendance mystérieuse grandissait, les détectives Internet ont finalement découvert qu’elle faisait partie d’une série de photos prises en 2003 dans un magasin de détail HobbyTown à Oshkosh, Wisconsin, en cours de rénovation. Après des recherches plus approfondies, il s’est avéré que l’endroit (aujourd’hui une piste de course RC) était autrefois un magasin de meubles dans les années 1970.

Comme la plupart des étudiants en histoire le savent, il existe une différence marquée entre la vérifiabilité d’une ère pré-Internet et d’une ère post-Internet. Cette qualité mystérieuse essentielle est ce que Kane Parsons évoque dans « Backrooms », qui se déroule délibérément en 1990. Pour un jeune millénaire ou la génération Z, les années pré-Internet ressemblent presque à un nouvel âge des ténèbres, où certaines informations ont été vérifiées, préservées et transmises, tandis que des pans d’entre elles ont été perdues ou déformées. Ce mystère existentiel est illustré par les Backrooms, un lieu amorphe où tout et pourtant rien n’existe.

C’est un concept qui va de pair avec la notion de « no-clipping », terme utilisé pour décrire ce qui se passe lorsque les gens entrent dans les Backrooms. Cela dérive de l’étrange bizarrerie d’un jeu vidéo défectueux, lorsqu’un personnage de joueur traverse accidentellement un mur et se retrouve dans un espace qui n’a jamais été intentionnellement conçu ou construit. Il s’agit d’une identité culturelle pure et sans faille ; réalité, mais interprété différemment.

On pourrait dire que nous tous, avec nos multiples perceptions, vivons déjà dans des Backrooms que nous avons nous-mêmes créés. C’est ce que dit « Backrooms » à la fin, et c’est pourquoi il persiste avec vous longtemps après le générique.



Nicolas est journaliste depuis 2014, mais avant tout passionné des jeux vidéo depuis sa naissance, et des nouvelles technologies depuis son adolescence.