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Science

Les scientifiques ont été surpris par ce que fait l’œil humain après la mort

Nicolas Gaillard

Date de publication :

le

Les scientifiques ont été surpris par ce que fait l’œil humain après la mort




Il y a quelques éléments remarquables dans le monstre de Frankenstein qui s’appuient fortement sur le côté fiction de la science-fiction. L’un d’eux est que le monstre de Frankenstein possède un cerveau réanimé et est parfaitement capable d’utiliser ledit cerveau pour interpréter des signaux visuels. Vous voyez, même si le Dr Frankenstein avait trouvé un cerveau magnifiquement préservé et des yeux merveilleusement intacts, il aurait été impossible de redonner vie à ces parties mortes. C’est du moins ce qu’on pensait généralement. Plus récemment, des chercheurs ont réussi à faciliter la signalisation lumineuse dans les rétines post-mortem. Est-ce le début d’une résurrection des tissus nerveux morts ?

Un article publié dans Nature en 2022 remettait en question de manière fascinante la théorie communément établie selon laquelle la mort des cellules cérébrales est totalement irréversible. La rétine est une excroissance unique du système nerveux central, composée de bâtonnets et de cônes qui traduisent les informations lumineuses dans le langage du cerveau : l’électricité. En examinant les yeux humains obtenus grâce à un don d’organes, les auteurs ont constaté que ces photorécepteurs continuaient à répondre à la lumière jusqu’à cinq heures après le décès du patient.

Connecter le circuit : comment préserver les autres cellules du processus visuel

Bien que cela soit fascinant en soi, les auteurs ont remarqué que ces photorécepteurs ne transmettaient pas efficacement cette information aux cellules bipolaires. Ces cellules interprètent essentiellement les informations provenant des photorécepteurs de la rétine externe et les traduisent en cellules de la rétine interne, agissant ainsi comme intermédiaires essentiels dans la transmission des signaux visuels. Ainsi, ces chercheurs ont examiné l’activité des cellules rétiniennes chez la souris via un électrorétinogramme (ERG) immédiatement après la mort. Ils ont découvert que les photorécepteurs continuaient à émettre une activité bien plus longtemps que les cellules bipolaires.

La question suivante était de savoir pourquoi ces cellules bipolaires perdent toute activité si rapidement après la mort ? Pour étudier cela, les auteurs ont modifié l’environnement de ces cellules pour imiter certains éléments physiologiques typiques. Ils ont découvert que la désoxygénation était un facteur rapide d’inactivité des cellules bipolaires. Ainsi, ils ont conçu un système capable de maintenir l’oxygénation pendant le transport des yeux d’un donneur d’organes humains. Grâce à ce système, ils ont pu enregistrer une activité électrique via l’ERG, indiquant l’activation des cellules bipolaires. C’était la première fois qu’une telle activité était enregistrée à partir de la rétine humaine post-mortem.

Regard vers l’avenir de la recherche

Étant donné que ces photorécepteurs sont des neurones sensoriels spécialisés, les auteurs ont considéré la rétine comme un modèle pour le système nerveux central élargi, suggérant que des techniques similaires pourraient être mises en œuvre pour étudier l’activité neuronale post-mortem ailleurs. Cependant, bien qu’il s’agisse de travaux très prometteurs et innovants, il reste encore de nombreuses étapes avant que ces cellules actives puissent communiquer efficacement entre elles et conduire à des innovations plus ambitieuses.

Même si les cauchemars littéraires de Mary Shelley restent loin d’être réalisables, l’utilisation future de ces techniques pourrait réellement ouvrir des possibilités de recherche. Par exemple, ce modèle pourrait permettre aux scientifiques d’étudier d’autres tissus nerveux dans le contexte de maladies neurodégénératives comme la maladie d’Alzheimer. De plus, si les cellules rétiniennes peuvent avoir une durée de vie fonctionnelle plus longue après la mort, cela pourrait signifier de grandes choses pour une future greffe de cellules rétiniennes saines en cas de déficience visuelle, telle que la dégénérescence maculaire. Cependant, la manière dont l’intégration de ces cellules pourrait être efficace dans les circuits rétiniens vivants reste inconnue. Les auteurs suggèrent cependant que l’activité électrique qu’ils ont observée pourrait être utilisée pour marquer une rétine transplantée chirurgicalement efficace.



Nicolas est journaliste depuis 2014, mais avant tout passionné des jeux vidéo depuis sa naissance, et des nouvelles technologies depuis son adolescence.