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Science

Les scientifiques disent que cette illusion d’optique pourrait révéler si vous souffrez de schizophrénie

Nicolas Gaillard

Date de publication :

le

Les scientifiques disent que cette illusion d’optique pourrait révéler si vous souffrez de schizophrénie




Certains signes de la schizophrénie sont très visibles, comme voir des choses qui n’existent pas (hallucinations) ou croire en des choses qui ne sont pas réelles (délires). Il existe également des signes moins évidents, comme un manque d’expression, de motivation ou d’intérêt pour la socialisation. Les professionnels de la santé mentale utilisent ces signes pour aider à diagnostiquer la schizophrénie chez les patients. Mais au-delà de ces signes, il existe un phénomène intéressant qui révèle le lien (ou l’absence de lien) entre ce que nos yeux voient et ce que notre cerveau perçoit. Bien qu’il ne s’agisse pas d’un test de diagnostic formel, la façon dont les gens réagissent à « l’illusion du masque creux » peut donner l’impression qu’une personne souffre de schizophrénie.

Une étude menée par des scientifiques de l’University College London (UCL) et de la Hannover Medical School a révélé que, dans le cerveau de personnes non atteintes de schizophrénie, le processus « ascendant » de transmission des informations visuelles des yeux au cerveau converge avec le mécanisme « descendant » d’interprétation de ces informations dans le cerveau. Ce ne sont là que quelques-uns des processus contrôlés par certaines parties du cerveau. Les personnes non schizophrènes interprètent ce que voient leurs yeux dans le contexte d’informations stockées à partir d’expériences passées. Lorsque ces personnes voient l’intérieur d’un masque creux, qui a un aspect concave (contrairement aux visages convexes normaux), elles le perçoivent comme un visage normal en raison des similitudes avec les visages qu’elles ont vus auparavant. Cette exploitation des expériences passées pour donner un sens aux indices visuels est similaire au phénomène bizarre de Baader-Meinhof.

En revanche, chez les personnes atteintes de schizophrénie, les processus ascendants et descendants sont déconnectés ou faiblement connectés, ce qui les empêche de se laisser berner par l’illusion du masque creux. Au lieu de cela, ils voient correctement le masque comme un masque 2D sans rien derrière.

Comment les chercheurs ont mené l’expérience sur l’illusion du masque creux

Dans l’étude de l’UCL-Hanovre, des visages « normaux » en 3D et des visages « creux » en 3D ont été montrés à des sujets atteints de schizophrénie et à d’autres sujets non schizophrènes (sujets témoins). Les participants étaient allongés à plat dans un scanner IRM qui surveillait les réponses de leur cerveau. L’IRM était équipée d’un appareil qui projetait une image sur l’œil gauche d’un sujet et une autre image sur son œil droit. Lorsque deux images prises sous des angles légèrement différents d’un visage humain étaient projetées sur les deux yeux, le sujet percevait l’image comme étant en 3D, semblable à un visage humain normal. Une image inversée (l’équivalent numérique d’un masque creux) était présentée en échangeant les images projetées de manière à ce que l’image de gauche soit montrée à l’œil droit et vice versa.

Les 16 sujets témoins sont tombés dans le piège de l’illusion (c’est-à-dire qu’ils percevaient le masque creux comme un visage normal) 99 % du temps, tandis que les 13 sujets atteints de schizophrénie n’étaient trompés par le masque creux que 6 % du temps.

Les résultats de l’IRM cérébrale ont fourni une explication potentielle. Chez les sujets témoins qui ne souffraient pas de schizophrénie, la partie du cerveau impliquée dans le traitement descendant et la partie du cerveau contrôlant le traitement ascendant présentaient une plus grande connectivité lorsque les sujets regardaient les visages creux. En revanche, les sujets atteints de schizophrénie n’ont montré aucun changement dans la connectivité entre les deux zones cérébrales. Ce qui se passe chez ces personnes est un peu à l’opposé du phénomène sensoriel bizarre qui se produit lorsque votre cerveau s’ennuie et commence à remplir les blancs avec des images ou des pensées incorrectes.

Que signifient ces résultats pour les personnes atteintes de schizophrénie ?

Il y a plus d’un siècle, en 1911, Eugen Bleuler inventait le terme « schizophrénie » pour décrire cette maladie, reflétant la « division » des zones cérébrales. Notre compréhension de la schizophrénie a depuis quelque peu évolué et les chercheurs pensent désormais que les personnes atteintes de schizophrénie présentent des différences dans la connectivité entre les différentes zones du cerveau plutôt qu’une division de ces zones en soi.

Certains chercheurs pensent que les réponses à l’illusion du masque creux révèlent un lien affaibli entre les processus cérébraux qui produisent des attentes basées sur des expériences passées (de haut en bas) et le traitement piloté par des stimuli (de bas en haut) chez les personnes atteintes de schizophrénie. Les personnes atteintes de schizophrénie peuvent moins s’appuyer sur des processus descendants pour percevoir des objets. En 1989, HM Emrich a proposé un troisième processus (« censeur ») qui interagit entre les processus descendants et ascendants et qui est perturbé dans la psychose. Cela correspond aux résultats des expériences d’illusion de masque creux.

Compte tenu de ses résultats frappants, l’illusion du masque creux peut-elle être utilisée pour diagnostiquer la schizophrénie ? Bien que le test ne soit pas recommandé par les professionnels de la santé mentale ou les chercheurs comme outil de diagnostic de la schizophrénie, il peut être utile comme indicateur et instrument de recherche.



Nicolas est journaliste depuis 2014, mais avant tout passionné des jeux vidéo depuis sa naissance, et des nouvelles technologies depuis son adolescence.