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Science

Les scientifiques débattent encore de la fonction de cet organe « inutile » chez l’homme

Nicolas Gaillard

Date de publication :

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Les scientifiques débattent encore de la fonction de cet organe « inutile » chez l’homme




Pour les sceptiques de l’évolution, les organes vestigiaux sont assez difficiles à expliquer. Le corps humain a hérité de nombreuses adaptations de nos anciens ancêtres qui ne servent plus à rien dans notre monde moderne. Les dents de sagesse, par exemple, étaient autrefois nécessaires lorsque notre alimentation était principalement composée d’aliments durs et non cuits comme les noix et les tubercules crus. Or, ces molaires supplémentaires peuvent en réalité causer plus de mal que de bien. Cependant, il existe un organe pour lequel les scientifiques continuent de débattre de sa valeur : l’organe voméronasal, ou « organe de Jacobson ».

Ce qui est curieux à propos de l’organe de Jacobson, c’est qu’il a très clairement une utilité chez les autres animaux. La plupart des espèces de reptiles, de mammifères et d’amphibiens en possèdent un, que l’on trouve généralement dans leurs cavités nasales, et qui est utilisé pour détecter les phéromones et les produits chimiques spécifiques provenant d’autres animaux. Essentiellement, l’organe de Jacobson est comme un instrument odorant spécialement réglé, offrant aux animaux la capacité de détecter les signatures chimiques spécifiques de proies, de prédateurs ou de partenaires potentiels.

Mais si vous ne vous souvenez pas d’avoir jamais pu faire la différence entre deux personnes en fonction de l’odeur de leurs phéromones, ne vous inquiétez pas. Une analyse récente de l’organe voméronasal humain (VNO) a déclaré qu’il s’agit très probablement d’un organe vestigial et non fonctionnel. Un article de 2023, publié dans Surgical & Radiologic Anatomy, suggère ensuite : « Il n’est pas nécessaire de faire particulièrement attention à ne pas endommager le VNO pendant une chirurgie septale. » Une telle position reflète celle qui était autrefois adoptée par l’établissement médical à l’égard de l’appendice. Mais le consensus sur l’appendice a changé et les biologistes reconnaissent désormais que l’appendice est plus important qu’on ne le pensait auparavant. Et, comme l’appendice, il est possible que l’orgue de Jacobson ne soit finalement pas complètement inutile.

Un organe de secrets et de comportement sexuel

Le débat sur la question de savoir si les humains possèdent ou non un VNO est réglé. Les dissections, les IRM, les tomodensitogrammes, les endoscopies et même la microscopie électronique ont tous confirmé son existence chez l’homme. Il se trouve à l’intérieur de notre nez, près de l’arête nasale, là où le cartilage rencontre les os. Les anatomistes le décrivent comme un « sac aveugle », ce qui signifie que ses cellules sensorielles fonctionnent de la même manière que le reste de notre système olfactif ; Lorsque l’air inspiré par le nez passe sur le VNO, des cellules sensorielles spécialisées prélèvent des « échantillons » pour détecter les produits chimiques en suspension dans l’air et alerter le cerveau de leurs caractéristiques. La question de savoir si ces cellules sensorielles spécialisées du VNO peuvent ou non distinguer des phéromones spécifiques reste cependant un sujet de débat.

D’une part, tous les humains ne possèdent pas d’organe voméronasal. D’après diverses études, il semble que seulement un tiers à deux tiers des personnes en possèdent un, et que l’on le trouve plus fréquemment chez les nourrissons et les jeunes. Ce seul fait suggère que le VNO est vestigial, puisqu’il n’est apparemment pas nécessaire à la survie jusqu’à la maturité sexuelle. Ne pas en avoir n’affecte pas l’espérance de vie. Cela étant dit, une revue de la littérature réalisée en 2018 dans The Cureus Journal of Medical Science met en évidence plusieurs avantages potentiels pour garder votre VNO intact.

Une étude a démontré que le VNO détient effectivement une « fonction de récepteur », bien que cela ait été contredit par d’autres études affirmant que les gènes des récepteurs VNO sont inactifs chez l’homme. Certains cliniciens affirment également que le retrait ou l’endommagement du VNO peut affecter le comportement sexuel. Cela est logique, puisque l’organe est si étroitement lié au comportement d’accouplement des autres animaux. En effet, le VNO est connecté au « nerf crânien N », qui pourrait jouer un rôle important dans l’activité hormonale. Mais pour les humains, les données manquent et le débat continue.



Nicolas est journaliste depuis 2014, mais avant tout passionné des jeux vidéo depuis sa naissance, et des nouvelles technologies depuis son adolescence.